Quel espoir pour les précaires ?

Quel espoir pour les précaires?

Une lecture qui ne laisse pas indiférent.

Le Quai de Ouistreham

Livre offert par ma fille et lu cet été, au cours des vacances, ce qui en accroit le contraste !

« Le Quai de Ouistreham » de Florence Aubenas. L’Olivier, 276 p, 19€.

Une grande dame déjà consacrée, mais encore plus maintenant avec ce livre vendu à près de 250000 exemplaires. Sans rien dire à personne, Florence Aubenas, grand reporter, a quitté Paris et sa vie de journaliste pour vivre la vie d’une travailleuse précaire. Mais on se demande également qui est vraiment cette auteure qui peut se permettre de tout lâcher pendant une si longue période… Elle a choisi la ville de Caen dans le Calvados, ville où elle ne connait personne, loue une chambre et cherche du travail en omettant ses diplômes si ce n’est son bac littéraire. Mais que fait-on à la cinquantaine avec un bac série L?

Florence Aubenas, photo BALTEL/SIPA

Malgré le fait  qu’elle a conservé son nom de personne célèbre (journaliste rescapée d’une prise d’otage en Irak) mais s’est teint les cheveux, Florence Aubenas ne sera jamais reconnue sauf une fois par un conseiller de Pôle Emploi. Dans sa recherche d’emploi, parcours naïf qu’elle nous fait partager, on découvre des lieux improbables où je n’irai jamais et où on a l’impression de ne pouvoir qu’attraper la mort ! Mais il faut bien vivre et ramener quelques euros… Pendant 6 mois, elle a enchainé des rendez-vous et entretiens extravagants. On découvre ainsi comment les conseillers de Pôle Emploi sont aussi sous pression et soumis à un impératif de rendement avec un temps limité par demandeur d’emploi. Florence Aubenas obtient finalement des heures de ménage pour une société: « le nettoyage, un secteur d’avenir! » Ce « travail » s’effectue au petit matin ou la nuit, parfois avec des temps de transports de 2 heures pour assurer une heure… On est loin de la rentabilité optimale …pour le travailleur, pas du coté de l’employeur (le donneur d’ordre) qui ne paie que pour un temps donné même s’il faut matériellement 2-3 fois plus de temps pour effectuer la mission. Dans cette drôle de mine, on a l’impression de revivre du Zola au 21ème siècle ! Le travailleur corvéable à merci y laisse sa santé.

Extraits: « Si tu refuses une fois, tu es foutue, disparue, à la trappe. La boîte ne te rappelle jamais. Il y en a plein qui attendent derrière nous. Tu te souviens comment c’était dur quand on n’avait rien ? » « Plus on nous fait travailler, plus on se sent de la merde. Plus on se sent de la merde, plus on se laisse écraser ».

Pour une démission: « 150 euros, ça fait un paquet de pognon qui tombe du ciel. Oui, c’est notre parachute doré ».

Elle arrête l’expérience lorsqu’elle obtient un CDI (au bout de six mois) et revient alors dans sa chambre plus tard pour écrire ce livre que je vous recommande chaudement.

Ce n’est pas la première fois qu’un journaliste se met dans en situation pour appréhender un sujet qu’il veut étudier, un peu comme un sociologue, mais il ne s’agit pas d’une analyse sociologique. Florence Aubenas laisse le lecteur seul juge de ce qu’elle nous fait vivre et décrit par le menu. On comprend mieux pourquoi, quand on salue dans notre entreprise le soir un employé de ménage, il nous ne répond pas toujours…

Le débat actuel sur la retraite est loin des préoccupations de ces 20% de Français en situation précaire.

Née en 1961, Florence Aubenas a fait la plus grande partie de sa carrière à Libération, avant de devenir grand reporter au Nouvel Obs. Depuis 2009, elle est présidente de l’Observatoire international des prisons. Elle vient de recevoir fin mai 2010 le Prix J Kessel, qui consacre « Le quai de Ouistreham », livre très bien écrit qui se lit d’une traite.

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3 réflexions sur “Quel espoir pour les précaires ?

  1. Merci Den de m’ouvrir cette publication, le sujet bien que quelque peu différent de ma publication, est intéressant 😉
    Je ne fouille jamais les blogs de mes contacts, j’aime vous découvre petit à petit, je constate donc que vous aimez aussi la lecture et c’est avec plaisir que je prendrai note de vos appréciations.
    Pour ma part, je vais encore vous abreuver de mes lectures, sachant que j’ai encore 7 livres en attente de publication dans ma bibliothèque, j’aimerai que cela soit fait avant les vacances 😉
    Je vous souhaite une très bonne soirée Den !

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    • Pas de pb !
      Les récits de tes lectures sont passionnantes et vont constituer une bonne réserve où je pourrai puiser au besoin. J’ai trop de passions pour ne me consacrer qu’à la lecture !
      Moi aussi j’ai du retard dans mes compte-rendus.
      Merci pour la visite et le com sympa
      A bientôt

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  2. c’est comme tu le dis un livre qui se lit d’un trait, qui sans afficher une prétention de tout dévoiler en dit long sur le système actuel, POLE EMPLOI mais aussi le regard de la société sur « les précaires », on se sent forcément concerné. tu as aimé ce livre et moi aussi. c’est sympa de nous faire partager ta lecture et j’espère que tu continueras avec d’autres livres.
    à bientôt pour un prochain commentaire!
    bises
    Syl

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