Quand les adultes matent les jeunes…

« Corniche Kennedy » de Maylis de Kerangal – Verticales  2008

C’est l’histoire d’une bande de jeunes. Ils arrivent des quartiers sur leurs scooters ou autres engins et tous les jours investissent un territoire rocailleux sur la corniche. Ils se réunissent sur la Plate, rocher remarquable au milieu des blocs entassés, brulants la journée et noir dès le soir, c’est leur quartier général. Du haut de leurs douze-seize ans, ils y viennent régulièrement frimer et se lancer des défis: des sauts démesurés auxquels ils donnent des noms enflammés, comme le Just Do It ou le Face-to-Face. Ils viennent surtout braver l’interdit en prenant leur place dans la hiérarchie de la bande. La bande est observée par les gens des belles maisons du littoral et par Sylvestre Opéra, le chef de la Sécurité du coin. Avec sa paire de jumelles et de son bureau, ce dernier scrute les inconscients et attend le bon moment pour mettre en pratique les ordres de ses supérieurs: un « nettoyage » de la Corniche. Les jours passent ainsi lorsqu’il y a Suzanne qui débarque dans le panorama. Fière a avec ses lunettes noires, ce n’est pas une fille comme les autres. Tous remarquent qu’avec son physique hors de leur norme, Suzanne doit appartenir à un autre milieu, celui des belles maisons. Mais elle est prise en flagrant délit de vol de portable et elle doit exécuter la sentence émise par Eddy, le chef de la bande. Qu’importe sa peur du vide, elle doit sauter. Et les embrouilles commencent sur fond de drogues, de russes et d’histoire de fille paumée…

Le plaisir de sauter des rochers dans la mer

Ce roman se lit d’une traite, il est bien écrit d’un style vif et enlevé et rend bien le climat marseillais où la frime et la tchatche sont en bonne place, surtout aux âges de ses gamins. Grâce à l’atmosphère bien rendue par Maylis de Kerangal, chacun se remémore ses propres expériences où la parade peut surpasser la peur de se lancer… dans le vide. Ce roman permet de réfléchir sur la jeunesse que l’on ne supporte plus et qu’on enferme de partout pour mieux les faire consommer ? Le monde de la jeunesse percute de plein fouet celui des adultes qui se révèle ainsi encore plus barbare. Un certain nombre de codes sociaux sautent.

En attendant de lire le prochain de la même auteur:  » Naissance d’un pont » (Verticales 2010).

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