OGM: l’Etude?

Il ne vous a pas échappé qu’il y a eu un pic média sur les OGM ces derniers temps (ce n’est pas encore retombé !). En tant que scientifique, je suis allé illico voir la publication originale car bien entendu, le sujet m’intéresse et je suis plutôt du genre à penser que les pesticides et herbicides ne font pas trop bon ménage avec notre santé. Mais je ne suis pas toxicologue, alors je suis à l’affut d’information puisque ça m’intéresse !

Dès que j’ai eu la publication en main, j’ai immédiatement eu un malaise dans la structure de cet article.

De quoi s’agit-il? Je vous extrais l’essentiel. Des rats mâles et femelles sont nourris avec trois types de régime: du maïs transgénique NK603; du maïs transgénique NK603 traité en plein champ par 3 concentrations de glyphosate (Roundup); du maïsnon transgénique avec du glyphosate seul (3 concentrations) dans de l’eau de boisson. Chaque groupe de rats contient 10 animaux ce qui fait au total 220 rats. La durée de l’expérimentation est de 2 ans et sont suivis entre autres  l’apparition de tumeurs et la mortalité.

La molécule de glyphosate, principe acif du Roundup

Qu’est -ce que le mais NK603? Un mais commercialisé par Monsanto chez qui un gène moins sensible au glyphosate a été inséré afin de conférer  une tolérance au glyphosate puisque l’enzyme codé par ce gène est décrite pour détoxifier cet herbicide. Ceci permet d’arroser les cultures de glyphosate sans perturber la croissance des plans de mais. Il faut signaler que ce mais transgénique est stérile.

La publication qui a eu lieu dans une revue de moyenne importance, la revue américaine Food and Chemical Toxicology (celle où publie largement les chercheurs de Monsanto) est très ardue à lire car les figures sont loin d’être claires. Ceci n’est pas de bon augure pour un article, quand les figures sont claires, on a à peine besoin de lire les texte. De surcroit, les données ne sont exposées que de manière essentiellement qualitative. On s’attend à un effet-dose, cad plus d’herbicide entrainant plus de tumeurs, ce qui n’est pas rapporté. Il y a bien sûr les fameuses photos, bien choisies, qui ont fait le tour du monde des média.

Discussion sur le modèle animal: Il s’agit de rat classiquement utilisé dans ce genre d’étude. Ces rats développent des tumeurs assez facilement sur le long terme. Mais il est classique d’utiliser un modèle qui possède une propension à exprimer le problème étudié mais dans ce cas, il faut que les différences avec les effets du traitement soient au-dessus du bruit de fond pour être significatives. Il est alors compréhensible que cela dilue un peu les résultats car une mortalité ou une tumeur en plus ou en moins cela change rapidement les pourcentages à partir d’un groupe de 10 animaux. Il ressort qu’il semble y avoir des tendances mais qui ne sont pas étayées par des statistiques nettes. Une figure montre les changement des paramètres biochimiques sanguin ou urinaires mais sans aucune valeurs chiffrées et uniquement en variation par rapport aux contrôles mais avec des écart-types énormes. Si j’envoyais un article de cette manière, il serait certainement refusé par les juges (referees) du journal. Il y a donc un manque criant de statistiques. Ce qui fait qu’il est difficile de tirer  de conclusion sérieuse.

J’en retiens personnellement que ce n’est pas cet article qui va me convaincre de la nocivité de cet OGM et de cet herbicide. Pourtant  cette étude a le grand mérite d’avoir poursuivi l’expérimentation pendant un temps très long (2 ans) ce qui a un cout important (les études à long terme sont rares); les études publiées par Monsanto, effectuées sur des plus petits groupes d’animaux étaient poursuivis sur une durée très inférieure (90 jours) et ne trouvaient bien entendu aucun effet négatif.  Cependant, même si je ne vois pas comment dans le cas présent, ce transgène peut être toxique pour notre alimentation, je pense qu’ingérer des aliments issus de plantes arrosées de glyphosate ne peuvent pas être anodin puisque cet herbicide peut causer seul quelques problèmes chez l’homme (hémopathies, troubles de la reproduction). Il y a également le cas de la dissémination de ces gènes, bien que les plantes soient stériles et considérer le problème du point de vue des insectes, comme le rapportent certaines études (commentée ici).  De plus, il faut considérer les conséquences économiques de ces cultures. En discutant avec des agriculteurs céréaliers, ils ne conçoivent pas de ne pas produire leurs propres semences eux-mêmes et de dépendre d’un groupe multinational. En conséquence, ils n’envisagent pas le moindre du monde d’utiliser ses plantes génétiquement modifiées. En revanche, il ne faut pas mettre tous les OGM dans le même panier. comme le laisse croire la une du Nouvel Obs.  En effet, il en est tout différent d’utiliser des plantes (ou des animaux) pour produire des agents à visée thérapeutique humaine (protéines recombinantes type insuline, etc…).

Il est également vain de croire qu’avec une publication on résout un problème dans le domaine biomédical. Il faut une cascade de travaux publiés et reproduits dans différents laboratoires pour commencer à prouver un mécanisme scientifique.

En revanche, on peut se demander pourquoi ce type d’étude a du être conduite dans le secret et pas par des organismes publics comme l’Inra. Cela fait plus de 10 ans que ce mais est cultivé aux USA. L’étude aurait couté 3 millions d’euros (soutenu par le CRIGEN), ce n’est rien à l’échelle d’un gouvernement ou d’une société comme Monsanto… Mais il faut savoir qu’un grand nombre de projets et de nombreuses thèses sont co-financés par les firmes de l’agrochimie. Ceci peut s’expliquer en partie par l’indigence des financements de la recherche publique. Les enjeux financiers et les conflits d’intérêt sont de très grande envergure et intimement mélangés !

En bref, les études publiées de Monsanto apparaissent bien insuffisantes mais celle de Séralini ne semble pas mieux. Il ne faut pas se laisser manipuler par des opérations de marketing de toute origine et garder son sens critique. Seul de la science rigoureuse pourra utilement faire avancer le débat. La défiance envers la science et ses effets n’est pas prête de s’estomper.

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2 réflexions sur “OGM: l’Etude?

  1. Depuis que l’on parle des OGM, et cela depuis plusieurs années, on aurait eu le temps de faire les recherches nécessaires dans les conditions optimales. Même si je suis pour le naturel, les aliments et la vie saine, je suis toujours restée ouverte à toute discussion au sujet des OGM. Si par la modification on peut éviter d’employer d’autres produits nocifs comme les traitements, engrais etc, je suis à l’écoute de ce qu’il peut exister. Je ne valide pas la chose, j’attends d’avoir des certitudes. Je ne veux pas être bornée sans savoir. J’aimerais avoir des cultures naturelles qui croissent à merveille, qui nous nourrissent sans ajouts chimiques, mais la demande actuelle, l’industrialisation, le rendement intensif ne va pas forcément dans ce sens. Hélas, selon mon avis de personne extérieure à ce milieu, je ne pense pas que la culture bio puisse rimer avec culture intensive. Peut-être, serait-il temps d’avoir des études sur lesquelles on peut se baser et surtout, peut-être serait-il temps que l’on modifie la façon de cultiver en fonction des régions, des possibilités.
    Nous demandons énormément à notre chère Terre pour nourrir une population croissante au détriment parfois de la santé de cette population. A force, de faire sans réfléchir, on risque de diminuer ou de décimer ses habitants. Il est vraiment dommage de craindre la véracité de ce qu’il résulte des études quand un enjeu économique passe avant la santé.
    Ceci est mon opinion, mais j’avoue ne pas avoir tous les éléments pour comprendre et connaitre le sujet.
    En attendant, j’essaye d’éviter certaines choses tant que cela se peut, ce qui n’est pas une évidence car même chez certains jardiniers amateurs, ça fait peur de voir sur les étagères destinées à leurs cultures toutes sortes de produits (mais bon, c’est plus radical que la macération d’orties et surtout ça sent moins 😉 )
    Bonne journée
    Val

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