Les chercheurs au temps premier des microbes

Un peu de retard pour vous faire partager le compte-rendu de ce livre passionnant et qui  fut ma lecture des quelques jours de congés de fin octobre 2012 au soleil de Malte.

Il semble que ce soit en écrivant un de ses derniers romans Kampuchéa (2011) que Patrick Deville s’est mis sur les traces d’Alexandre Yersin (1863-1943). Kampuchéa, que je lirai un jour, repeste01late la vie du haut fonctionnaire du Laos mais aussi ethnologue et photographe du Mékong Auguste Pavie (1847-1925) qui fixa les frontières entre le Laos, la Chine et la Birmanie. En effet, après vérification auprès de Vietnamiens, ils connaissent tous Alexandre Yersin dont ils ont appris et vénérés les réalisations alors qu’en France, il est largement oublié. Comme j’ai bien côtoyé, il y a fort longtemps, des biochimistes de la microbiologie qui travaillaient sur la structure de produits bactériens issus de Yersinia Pestis, la bactérie de la peste, justement découverte par Yersin, j’avais enregistré ce nom puisqu’on donnait leur nom aux découvertes.

Alexandre Yersin a grandi à Morges sans connaitre son père (de même prénom décédé plus tôt) sur les bords du Léman. La recherche de l’époque était déjà internationale puisqu’après Lausanne, il a été formé avec Robert Koch à l’Institut Koch en Allemagne et avec Louis Pasteur à l’Institut Pasteur à Paris. Dans le contexte des tensions franco-allemandes, ces instituts étaient en rivalité constante. On participe dans le roman de P. Deville, au brillant cheminement intellectuel qui conduit Yersin très jeune à aboutir dans ses travaux sur la tuberculose, le choléra puis, la peste et son éradication. En effet, il n’a que 31 ans quand il découvre la bactérie de la peste et c’est un an avant la mort du vieux Pasteur.

Le triomphe de la Mort de P Bruegel - Musée du Prado Madrid

Le triomphe de la Mort de P Bruegel – Musée du Prado Madrid

Yersin aurait pu demeurer à Paris et mener une vie de rat de labo à examiner les microbes mais trop de sujets le passionnent. Dans les comités jugeant l’activité des chercheurs actuels, on dirait qu’il se disperse… Effectivement, il a voyagé de par le monde. Et quel mérite quand on connait les moyens de l’époque. L’Asie le passionne et c’est en Indochine, actuel Vietnam qu’il a découvert en tant que médecin sur un bateau de ligne pendant quelque temps. Mais pas d’oisiveté. Il n’arrête pas d’explorer, de découvrir Dalat et d’y fonder un sanatorium, Nha Trang où il crée un Institut Pasteur, devenu musée Yersin et surtout Hon Ba, où il fait construire un chalet au bout de nulle part…

Institut Pasteur de Nha Trang devenu musée Yersin (photo libre)

Institut Pasteur de Nha Trang devenu musée Yersin (photo libre)

Il ne cesse d’être un précurseur. Pour l’acclimatation et l’utilisation de l’hévéa pour le caoutchouc avec Michelin, il invente une sorte de coca-cola, il plante des arbres à quinquina. Il s’intéresse à tout et prend continuellement des notes sur son calepin. C’est ce qu’il fait encore dans le dernier voyage multi étapes où il note les caractéristiques de l’hydravion qui le ramène une dernière fois en Indochine, en Mai 1940 quand il quitte définitivement la France occupée. Il a 77 ans et ne sait bien sûr pas qu’il va mourir 3 années plus tard dans son chalet en attendant l’invasion japonaise de l’Indochine.

C’est par cet ultime retour dans le cadre de vie qu’il a choisi que commence le livre de Patrick Deville au style alerte avec phrases courtes où l’auteur est en permanence présent pour souligner, critiquer ou expliquer les comportements en replaçant judicieusement le contexte de l’époque et avec les autres pasteuriens. Certains, illustres n’ont pourtant pas vécu aussi longtemps que Yersin, tels Calmette ou Roux mort la même année (1933).

Yersin ne reconnaitrait pas la Nha Trang actuelle (photo Nico Griffon)

Yersin ne reconnaitrait pas la Nha Trang actuelle (photo Nico Griffon)

J’ai beaucoup apprécié le livre de Patrick Deville qui, tout au long du récit de la vie d’Alexandre Yersin, relate une période de découvertes scientifiques qui ont changé les manières de penser la vie. Dans un contexte de guerres franco-allemandes, de colonisation, avec un style relativement sobre mais très vif où l’humour n’est pas loin aidé du recul actuel. Il y avait beaucoup moins de chercheurs à cette époque mais déjà présentes les préoccupations financières pour mener à bien les projets leur prenaient pas mal de temps. Il y a loin de la curiosité, réservoir d’idées, aux phases appliquées pouvant déboucher sur une commercialisation.

Peste et Choléra a été très en vue pour la rentrée littéraire, retenu dans de nombreuses listes finales de prix français ; entre autres, il a reçu en novembre le prix Femina.

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Une réflexion sur “Les chercheurs au temps premier des microbes

  1. Bonjour Den,
    Tout d’abord je vous remercie pour votre commentaire, qui me donne l’envie plus encore de continuer ce beau partage sur la toile. Aventure que j’ai commencé il y a maintenant 5 ans, et qui s’est avéré très positive, d’une grande richesse 😉
    Merci de déposer le résumé de ce livre, je suis contente d’en savoir un peu plus, je m’étais questionnée sur sa lecture, je vais m’abstenir, trop sérieux pour moi, lol ! 🙂
    Ma foi, je reviendrai moi aussi dans votre royaume avec plaisir, en attendant, je vous souhaite une très bonne de semaine et un très bon week-end, à bientôt !!

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