USA, la fin du rêve?

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Voici un livre que j’ai lu fin 2015 avant un voyage aux USA en avril 2016 (qui m’a permis de très bons amis !). Je vous fais partager mes impressions de cette lecture.USA_def

C’est « Unwinding America » de Georges Packer (2013). On peut aussi le trouver en français sous le titre « L’Amérique défaite » publié en 2015 chez . Le livre du journaliste G Packer analyse l’installation de la crise aux usa. L’Amérique est-elle toujours une superpuissance ? Il soutient la thèse que les racines de ce mal sont incarnées par le comportement de son élite avide de pouvoir dans le monde de la finance.  Les bases de l’essence même de la société américaine sont rompues (le rêve américain) et les puissants se livrent avec cynisme à une accaparation de l’argent dont celui issu de la financiarisation de l’argent publique.  Le comportement d’un nombre de plus en plus important de banquiers, d’avocats et de contrôleurs financiers se caractérisent essentiellement par la convoitise de gains de plusieurs millions et de l’accession à des fonctions politiques très avantageuses.

Tampa

Tampa

Avec une suite de portraits de personnalités contemporaines connues dont il nous décrypte la biographie où on observe que les moins scrupuleux gagnent en faisant fi du droit et des votes des citoyens. En parallèle, on trouve des descriptions de vie de citoyens ordinaires qui se débattent dans cette société américaine actuelle, en multipliant simultanément plusieurs emplois pour tenter, comme on dit, de joindre les deux bouts.

Dans les Everglades

Dans les Everglades

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Everglades

J’ai trouvé ce livre bien intéressant car on y trouve une des explications de la crise des subprimes de 2008 qui semble maintenant très loin des esprits aux USA  qui sont repartis de plus belles vers les affaires, en particulier en Floride.

Grande guerre: dégâts collatéraux

Light-between-OceansLors de mes voyages à l’étranger, je ramène parfois des livres, surtout en terres anglophones. Celui relaté aujourd’hui date déjà de quelque temps et je l’ai lu l’année dernière en pleine commémoration de la grande guerre.

C’est justement un rescapé des horreurs de cette guerre qui est un des principaux personnages du premier roman de l’Australienne Margot L. Stedman: The light between oceans. L’ayant lu dans le texte car à l’époque il n’y avait pas de traduction, je viens d’apprendre qu’il est récemment traduit en français, pour ceux qui boycottent l’australien: Une vie entre deux océans (Stock). On dit que ce roman doit être adapté prochainement au cinéma.

lightOc-1De retour en Australie, Tom Sherbourne veut laisser loin derrière lui en Europe, la boue et les tueries sanguinaires des tranchées de la première guerre mondiale. Ayant répondu à une annonce pour être gardien de phare, il va donc s’installer sur l’île de Janus, petit bout de terre, ballotté par deux océans. Avec cette activité, il pourra vivre enfin au calme dont il rêve avant le renouvellement du gardien tous les six mois. Avant d’embarquer pour ce caillou de quelques hectares, il a fait la connaissance de la jeune et bouillante Isabel. Des lettres sont échangées, ils se revoient, s’aiment et finissent par se marier. C’est pleine d’espoir qu’Isabel suit son mari pour organiser leur vie sur la petite île, loin de tout.

Janus Rock est une île battue par les vents situés au large de la côte ouest de l’Australie. Avec juste un peu d’herbe pour quelques moutons, des chèvres et une poignée de poulets, et de quoi s’occuper en cultivant un maigre potager, il y a le phare, la lumière entre l’océan Indien et l’océan Austral dont les relevés et l’entretien occupent scrupuleusement Tom. Après la guerre meurtrière, dorénavant il est heureux de sauver des vies …

lightOc-3Leur dure vie commune commence ainsi et si leurs sentiments ne connaissent aucune ombre, leur bonheur est cependant obscurci par l’absence d’enfant. Après deux fausses couches et un enfant mort-né, sur son ile déserte Isabel est plus que déprimée. Alors quand une barque s’échoue sur leur unique plage avec à son bord un homme mort et un bébé vigoureux, elle n’a aucun doute : c’est un merveilleux présent de Dieu pour lui faire oublier les difficultés. Tom se doit de signaler l’évènement aux autorités mais Isabel a subitement si bon moral que cela le dissuade, et ils décident alors d’élever la petite Lucy comme si elle était issue de leur amour. Mais la terrible réalité les rattrape: Lucy a une mère qui espère son retour depuis quatre ans, une mère qui se meurt rongée par cette absence. Isabel décide de se taire alors que Tom, rongé par la culpabilité, ne supporte pas de garder le secret.

C’est un roman poignant à deux têtes, comme Janus: le bien, le mal, le mensonge, la vérité. Dans une nature hostile et tourmentée très puritaine, s’expriment les pires éclats de la dualité de la nature humaine : l’amour, la dénonciation, la culpabilité, le pardon. Une vie entre deux océans, entre deux familles pour la petite Lucy.

Le bonheur des uns fait il le malheur des autres ? On discerne les dégâts collatéraux de la grande guerre jusqu’à l’autre bout du monde.

Un livre remarquable !

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Born to run

Évidemment, vous pensez tous au morceau de Bruce Springsteen, n’est-ce pas?

born to runEt bien non, il s’agit d’un livre sur la course dont je vous livre quelques éléments et impressions après lecture. Ce livre m’a été offert par un ami cher, Merci Ben !…

L’auteur en est Christopher McDougall; véritable best seller aux USA lors de sa sortie (2009), la traduction française est plus récente (Editions Guérin, fin 2012) et il y a une préface de Kilian Jornet, qui lui aussi écrit des livres et qu’on ne présente plus…

 

Il a attendu son papa avec patience...

Il a attendu son papa avec patience…

Chris McDougall est journaliste,  passionné de course à pied mais est frustré car il est anéanti par les blessures aux genoux et chevilles et ses performances sont très modestes. Après avoir entendu parler des travaux du chercheur Daniel Lieberman, de l’Université d’Harvard, qui étudie la biomécanique en particulier de la course chez l’homme, il part en quête de bonnes chaussures et/ou de la meilleure manière de courir pour tenter de résoudre ses problèmes. Lieberman a mis en évidence et publié que les forces à l’impact seraient moindres lorsqu’on a une attaque du pied sur la pointe par rapport au talon. Il en découle toute une manière de courir assez différente de se qui se fait habituellement mais défendue comme moins traumatisante. Chris décide d’aller tester cette théorie chez les Tarahumaras, amérindiens Mexicains, pour qui courir est permanent et fait partie intégrante de leur culture. Dans le livre, il est décrit que ces Indiens font des réunions entre clans où les longues courses se pratiquent par équipes, à l’occasion de fêtes joyeuses et conviviales. Il faut signaler qu’ils courent quasiment pieds nus ou avec de simples sandales sur des chemins escarpés et  par des températures extrêmes.

Le tour de force de Chris McDougall est d’y trouver matière à en faire un livre.

Et pourtant, tout cela est assez passionnant: Les ingrédients du succès sont des personnages assez spéciaux avec leurs caractères et leurs manies, des stars de la course à pied comme Scott Jurek. On y trouve bien documenté aussi de la science avec des développements sur des questions comme celle-ci: l’homme est-il fait pour courir et comment cela est il arrivé dans l’évolution en analyses comparatives avec la physiologie des animaux rapides? Il y a également de l’ethnologie et des récits de course où les narco-trafiquants rodent.… Il semblerait que le minimalisme en course a explosé grâce à ce livre: comprendre courir pieds nus ou avec des chaussures très légères comme les five fingers… Je ne suis pas du tout adepte de ce genre de matériel. Je préfère pour ma part être bien protégé par des chaussures de trail amortissantes.

Qu’est-ce qui pousse à courir pendant des heures dans les bois et les montagnes?

L'arrivée !

L’arrivée !

C’est la question que je me pose moi-même lorsque je coure dans les bois et les montagnes. Et surtout, je pense à mes enfants qui ont la même passion en pire. En effet, mon fils coure assez régulièrement les courses de l’UTMB. Il y trouve du plaisir puisqu’il recommence ! Quant à ma fille, elle coure, nage et pratique des triathlons, comme l’Xterra – France (ce week-end !). Vous allez me dire que les chiens ne font pas des chats mais quand même… Les bienfaits du sport d’endurance sont indéniables (à petite dose, mais quelle est la dose ?)  Il est vrai qu’être dans la nuit à la lueur d’une frontale dans les montagnes en pleine nature a quelque chose de fascinant. Quand il pleut, qu’il vente ou qu’il neige dru, c’est autre chose…

Il est vrai  que l’engouement pour la course peut paraître surprenant et qu’il y a maintenant un nombre de courses incroyables dans le monde entier !

La dernière de mon fils: la Maxirace à Annecy fin Mai: 86 km et 5500m de dénivelé ! Je l’ai trouvé assez frais à l’arrivée même après 16h de course (départ 3h du matin !) et son petit (mon petit-fils adoré, 3ans et demi) l’a attendu (longtemps ! comme sur la première photo) pour passer la ligne d’arrivée ensemble.

On applaudit les suivants.

On applaudit les suivants.

Bonne ballade et bonne course !

 

 

 

 

 

Limonov

Beaucoup de retard dans cette rubrique sur des compte-rendus de quelques lectures.

Emmanuel Carrère

Emmanuel Carrère

Voici un livre écrit par Emmanuel Carrère, qui est son douzième. Il prend toute sa place avec les problèmes des interactions entre Russes et Ukrainiens.

Même si de mon point de vue, les prix ne sont toujours synonyme d’intérêt et cache des tractations éditoriales, il faut quand même signaler qu’il a reçu le prix Renaudot en 2011. Carrère a choisi un personnage vivant pour en faire le héros de ce récit qui n’est pas que biographique, Edouard Limonov.

Une citation de Limonov pour donner le ton:

« Le confort n’a jamais eu et n’aura aucune valeur pour moi. La révolte, oui.

Mourir dans son lit, c’est ce qu’il y a de plus honteux pour un homme.

Il faut mourir en combattant, dans un soulèvement, une fusillade« . . .  EDOUARD LIMONOV

Édouard Veniaminovitch Savenko, dit Edouard Limonov est né en 1943 est issu de la banlieue industrielle de Kharkov, en Ukraine, dans la famille d’un petit officier du NKVD (ancêtre du KGB). Il a entendu et révé aux les récits de guerre des militaires de son père et a envisagé une grande carrière de héros. Du fait de sa myopie, ses reves militaires sont brisés, il devient alors voyou et bien arrosé de voska, vit de fric-frac et de viols très banalisés (se qui donne des livres comme Autoportrait d’un bandit dans son adolescence (1985) et Le Petit Salaud (1988)). Après une assiduité poétique auprès d’écrivains interdits par le régime soviétique à Kharkov la vie à Moscou l’attire en 1967. Caractérisé par une mégalomania bien installée, il croit à son talent mais vit d’expédients en couture de pantalons. En 1974, le KGB le conseille de quitter l’URSS avec son épouse et migre à New York. C’est dans le milieu punk et disco et dans les bas-fonds et les backrooms de la Grosse Pomme qu’il est à l’aise. Vivement chichement tout en fréquentant la jet-set en soirées mondaines, il croise Rudolf Noureev, Andy Warhol ou Truman Capote. Mais le génie de Limonov ne parvient pas à percer ce qui l’agace de plus en plus. Sa femme le quitte et le désenchantement s’installe, humiliant. L’alcool et autres dérives font le reste mais il écrit son roman célèbre : Le poète russe préfère les grands nègres (1980) mais qui sera publié à Paris.

Dans une librairie de Moscou (2012)  d'après tout sur Limonov.fr

Dans une librairie de Moscou (2012) d’après tout sur Limonov.fr

Ce livre l’a fait connaitre en France où il a mené la grande vie invité dans les palaces et émissions à la mode dans la sphère de Jean Edern Hallier. C’est alors dans les années 1990 qu’il s’est compromis avec un engagement mercenaire lors des guerres des Balkans au côté des troupes serbes. Il réapparait après cet épisode dans la vie d’Emmanuel Carrère par hasard à Moscou en 2002. Limonov est alors devenu un leader politique nationaliste, en figure d’opposition démocratique à Vladimir Poutine, au sein du nauséabond Parti national-bolchevique, très imprégné d’idéologie rouge-brune mais avec la bienveillance de personnalités moralement aussi peu contestées que Garry Kasparov ou Anna Politkovskaïa.

En résumé, Limonov a tout été : délinquant, poète, insoumis, clochard, journaliste, combattant armé, prisonnier politique puis chef de parti…

Dans ce livre, la façon de présenter et de décrire d’Emmanuel Carrère est très intimiste mais surtout historique. La description d’un immense et flamboyante décor plante superbement l’environnement du héros. Il s’agit de l’URSS des années Brejnev, puis la désintégration de l’empire communisme et enfin l’évolution brutale récente de la Russie dans le désordre à grande échelle sous le joug du capitalisme mafieux. Carrère qui ne se pose jamais comme juge et dans ce grand roman d’aventures basé sur des faits réels bien documentés, il nous livre des réflexions sur le destin de l’individu au sein des cultures.

Un livre plein d’intérêt destiné à ceux qui se passionnent pour l’évolution d’un individu dans un système en plein changement. A lire (ou relire)  dans le contexte actuelle des relations Russie Ukraine…

Blue Jasmine: la funambule

blue_jasm2Après Minuit à Paris et To Rome with love, ses deux films précédents, j’avais trouvé Woody Allen un peu léger. Vous me direz qu’un réalisateur a le droit de changer mais pour encore mieux, ce qui n’était pas le cas… Avec Blue Jasmine, c’est pour moi le retour du réalisateur que j’aime.

Histoire: Jasmine (Cate Blanchett), baignant dans le luxe de sa trépidante vie new-yorkaise, débarque chez sa modeste sœur (Sally Hawkins) à San Francisco. Jasmine est plutôt divagante en eaux basses sur tous les plans: sans le sous, en mauvais terme avec son fils après le suicide de son mari (Alec Baldwyn) qui en a escroqué beaucoup. Ça démarre fort par une belle démonstration du style de vie des riches: même ruinés, pas d’imagination pour voyager autrement qu’en première dispendieuse avec des bagages de marque, atouts de considération sociale…

Tout peut s'écrouler

Tout peut s’écrouler

Bref, c’est la dégringolade !

S’en suit une peinture de la vie simple de nombreux américains, même sur la Côte Ouest. En fait, tout ce que Jasmine déteste, tellement marquée avec ses altitudes altières propres à sa vie antérieure et dans laquelle consciemment ou inconsciemment la séduction féminine associée au matérialisme a toute sa place. On découvre que Jasmine constate sans aucune lucidité qu’elle ne sait rien faire à part plaire mais l’engagement sincère est au-delà de ses forces et aspirations. C’est un personnage pathétique et parfois ahurissant.
On apprécie non seulement une excellente maitrise cinématographique mais des jeux d’acteurs extraordinaires qui nous tiennent pendant tout le film, digne de la prestation d’un funambule. Sur certains aspects, ce film est à replacer dans un contexte post-affaire Madoff et la crise qui a touché de nombreux américains. Woody Allen filme magistralement avec des flashbacks qui soulignent allègrement les démonstrations de vie où la tragédie n’est pas loin. La place des femmes dans la société, sans études et ambitions personnelles/professionnelles est bien évoquée avec l’omniprésence des hommes aux postes clés.
Quel futur les femmes souhaitent-elles pour elles-mêmes et leur environnement? Sous le regard affuté de Woody Allen, le chemin est plein de précipices…

Et la vie repart

Et la vie repart